Ferdinand LOT - " La Gaule " -
"La défaite d'Alésia est la plus grande catastrophe de notre histoire. C'est beaucoup plus qu'une défaite, c'est la mort d'une âme remplacée dans le même corps par une autre âme, ou, si c'est la même âme, c'est une âme vidée de tout souvenir, une âme dont la mémoire est abolie, au point que d'un long passé de souffrances, mais aussi de gloire, rien ne subsiste dans la conscience. D'autres lois, d'autres usages et, ce qui est pis que tout, une autre langue, vont la remplir. "
"Pour nous s'est brisée la chaîne des temps qui demeure sans rupture chez le Germain, le Slave, le Finnois, l'Asiatique. Nous nous disons, nous nous croyons latins. Cet adage court encore le monde des lettres, de la politique, de la presse. "
"Ce n'est pas seulement la Gaule qui a perdu à être plus que conquise, à être métamorphosée, c'est l'Europe, c'est le Monde. Une forme de culture a été étouffée avant d'éclore au soleil de la vie civilisée. "
"Partisans de la fatalité en histoire, certains historiens se persuadent que pour devenir fatales, les choses n'ont besoin que d'arriver ! Et pourtant, plus que tout autre, l'historien devrait comprendre que les causes perdues n'étaient pas de toute éternité vouées à la défaite. Et souvent, à combien peu a-t-il tenu qu'elles triomphassent ? Il faut réagir contre cette tendance au fatalisme ; il faut de temps à autre s'arrêter. Il faut imaginer que ce qui a été aurait pu être tout autre. "