Jamais un épisode de l'histoire de France aussi court que celui de "La Commune de Paris" n'aura laissé une trace aussi importante et durable dans l'esprit et l'imaginaire des français. On ne peut pas rester indifférent ou ne pas avoir d'avis tranché face à ces trois mois de folie qui ont entraîné sans doute la guerre civile la plus brutale et la plus sanglante qu'ait connu la France. Plus de 100 ans après la conclusion tragique des événements parisiens de 1871, mes deux grands pères, alors que j'étais enfant et que j'habitais la bonne ville de Brive en Corrèze, ne rataient pas une occasion de s'indigner de la dénomination d'une place briviste, la place Thiers, et dénonçaient la honte de lui avoir donné le nom du "boucher de la Commune".
Il serait bien présomptueux de fournir une monographie complète et exhaustive sur la Commune de Paris. Ce court article a pour simple et modeste ambition de signaler quelques ouvrages qu'il nous a paru intéressant de présenter, en toute subjectivité.
"L'insurgé" de Jules Vallès (publié en de nombreuses collections, notamment en poche chez Garnier- Flammarion) est à juste titre la production littéraire la plus connue concernant la Commune de Paris. Cette oeuvre est d'autant plus incontournable que Vallès fut une personnalité de premier plan durant cette période, ayant pris part au gouvernement mis en place à Paris. C'est donc un témoignage direct qu'il nous propose. Même si son récit prend la forme d'un roman, il est on ne peut plus autobiographique.
Deux autres romans paraîssent des plus intéressants.
"Le cri du peuple" de Jean Vautrin (éd. Grasset), dans la veine des grands romans populaires du XIXème siècle, nous attache à des personnages plus vrais que nature prenant une part active aux événements parisiens du début de l'année 1871. Vautrin, qui s'est visiblement parfaitement documenté, nous plonge dans la réalité quotidienne de la Commune et nous emporte dans son roman épique et haut en couleurs qui se lit d'un trait.
Une superbe bande dessinée en quatre volumes de Jacques Tardi est venue mettre en images "Le cri du peuple". Le style graphique de Tardi s'adapte magnifiquement à l'univers de Vautrin d'une part, à celui de la Commune d'autre part. Tardi, dont on connaît l'engagement libertaire, prend à coeur la mise ne valeur de l'esprit de la Commune et la dénonciation des "versaillais" en général et de Thiers en particulier auquel il voue une haine très présente dans sa BD.
"Le canon Fraternité" de Jean-Pierre Chabrol (éd. Gallimard) est tout aussi remarquable et tout aussi documenté. Comme le Vautrin, il nous transporte en plein Paris communard. Son récit est vivant et formidable et les 866 pages (!) se lisent avec passion, tant l'humanisme naturel de Chabrol sied bien à cette période si particulière.
On aura compris que, pour ces deux auteurs, le sujet traité ne l'a pas été par hasard et correspond à leur engagement politique profond.
Parmi les nombreux ouvrages documentaires tentant de faire le tour du sujet, deux ont attiré particulièrement notre attention et éveillé notre interêt.
Le déjà ancien (1965) "La proclamation de la Commune" d'Henri Lefebvre (éd. Gallimard), ouvrage parfois un peu rébarbatif mais dont le sérieux ne peut être mis en cause.
Le plus attirant car plus "moderne", "La Commune de Paris" de William Serman (éd.Fayard), rélle somme des plus objective sur une période qui pourtant engendre si facilement une subjectivité d'analyse dont il est parfois difficile de se départir.
Bien évidemment, de nombreux autres ouvrages (romans ou essais) peuvent être consultés et lus. On ne peut que citer ainsi les "Mémoires" de Louise Michel, facilement trouvables en collections abordables et mine d'informations sur la Commune dont elle fut la "passionaria", si l'on peut se permettre cet anachronisme.
Nul doute que "la Commune" suscitera encore de nombreux ouvrages et n'aura pas fini de faire parler d'elle, preuve de l'actualité de son esprit à l'aube du XXIème siècle.